L’infobésite : comment gérer cette surcharge d’information et quels en sont les risques ?

Dans une société qui devient hyper connectée, nous avons continuellement une dette en informations à traiter, qui ne cesse d’accroitre de façon exponentielle. « Je dépile mes mails », cette phrase vous dit probablement quelque chose. Certes légitime après chaque retour de vacances, mais malheureusement pas seulement ! Le sentiment d’être submergé par l’information et de subir un flot continu de notifications est de plus en plus présent aussi bien dans notre espace professionnel que privé.

L’infobésité et ses manifestations

 

La démocratisation d’internet, la multiplication des canaux de communications et la diversité des supports numériques (ordinateurs, phablettes, assistants vocaux, montres et bracelets connectés) sont tous des facteurs qui favorisent l’émergence de la surcharge informationnelle, plus communément appelée infobésité.

Les produits sont devenus des services et les données sont presque toutes numériques. Les travailleurs du savoir doivent raffiner en permanence ce nouvel or qu’est l’information, afin de dissocier l’utile du superflu. Selon l’Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises, en France par exemple, 1,5 milliard de mails sont envoyés chaque jour.

60% des utilisateurs de la messagerie électronique consacrent plus de 2h par jour à la gestion de leurs boites mails et près de 45% reçoivent plus de 100 messages par jour. Près des deux tiers déclarent vérifier leur messagerie toutes les heures, et certains le font beaucoup plus souvent par crainte de laisser passer un message important. Sachant qu’il faut en moyenne jusqu’à 70 secondes pour reprendre le fil de sa pensée lorsque l’on est interrompu par l’arrivée d’un message, on peut donc imaginer le temps perdu dans une journée.

 

Les effets de l’infobésité sur notre qualité de vie

 

La complexité des informations reçues et la vitesse à laquelle elles s’accumulent impacte notre vie relationnelle et intellectuelle.

L’impact de l’infobésité au quotidien

 

L’information est devenue trop importante et trop rapide pour que nous puissions la comprendre intégralement et en faire bon usage. L’utilisateur est confronté à une trop grande quantité de propositions qui devient source de complexité. Cette situation est appelée l’hyper choix.

Au quotidien, une information chasse l’autre dans des fils d’actualité interminables. Cette affluence entraine un traitement très superficiel de ces informations et une moins bonne assimilation des éléments importants. À titre d’illustration, 60% des utilisateurs de Twitter relayent des articles qu’ils n’ont même pas lus.

D’autre part, les interruptions, que ce soit sous forme de notifications ou de mails par exemple, sont néfastes aux processus cognitifs et provoquent un déficit d’attention. Les capacités d’analyse, de mémorisation, de jugement et de créativité sont très impactées par les interruptions que nous subissons quotidiennement.

Comme le rappelle le psychiatre et psychothérapeute Frédéric FANGET : “l’infobésité incite au zapping, altère la concentration et minore la qualité des relations humaines en les plaçant sous le signe de l’instantanéité”.

Les activités multitâches affectent notre mémoire procédurale. Notre capacité à prendre des décisions et émettre un jugement rationnel est altérée devant une trop grande quantité d’information.

Cette abondance peut également entraîner une banalisation et un désengagement des travailleurs du savoir qui ont besoin de longues périodes de concentration intenses, loin de toutes distractions extérieures.

Les effets plus extrêmes de l’infobésité

 

La multiplication des téléphones et outils mobiles peut générer une certaine anxiété. La peur de passer à côté d’une information ou d’un événement important est un phénomène connu appelé « Fear Of Missing Out » (FOMO). C’est une sorte d’anxiété sociale caractérisée par la crainte de manquer une occasion d’interagir avec son réseau professionnel ou privé. 

Ce trop-plein d’information peut même être source de dépendance bien particulière. L’addiction à l’information peut provoquer un profond mal-être en cas de déconnexion. L’ « infolisme » est une dépendance répandue en Chine et en Corée du Sud qui a gagné peu à peu l’ensemble du monde connecté. Les personnes atteintes d’infolisme passent une grande partie de leur temps à chercher, recouper, et ingurgiter des informations. Cette quête permanente peut être sélective et concerner un domaine particulier, ou générale. L’infolisme est un mal bien accepté socialement or, il s’agit bien d’une dépendance qui à de lourdes conséquences sur la vie personnelle de la personne qui en est atteinte.

 

Quelques solutions pour faire face à l’infobésité

 

Comme pour la nourriture, le bon sens indique de faire une sorte de « régime informationnel ». Cela nous permettrait de comprendre pourquoi nous avons besoin d’une information, afin donner du sens à nos recherches. Ainsi, plus besoin de  subir cette affluence, mais la possibilité de choisir les canaux et les supports pour mettre en place une véritable gestion de notre écosystème informationnel.

Pour contrer les effets de l’infobésité et de ses interruptions quotidiennes, il est important de se concentrer sur une seule tâche à la fois. Pour cela, il suffit de bloquer des créneaux pour travailler sur une tâche cognitivement exigeante et de  bannir toute distraction. Vous pouvez par exemple utiliser la technique Pomodoro qui consiste à respecter des périodes de travail séparées par de courtes pauses.

Pensez également à regarder vos mails à certains moments dédiés de la journée plutôt qu’au fil de l’eau. Cela permet de prendre du recul sur les échanges et de gagner en temps et en attention sur une journée.

La méditation productive est également efficace pour entrainer votre cerveau à garder sa concentration en ne pensant qu’à une seule chose à la fois. Quand vous remarquez que votre esprit s’évade, faites un encrage et ramenez-le à nouveau vers la problématique que vous souhaitez résoudre.

Devenez minimaliste : qu’il s’agisse de votre boîte mail, ou de vos abonnements à diverses sources d’informations et applications, faites le grand ménage et ne gardez que ce qui est pertinent pour vous.

Focalisez-vous sur le pourquoi et gardez en vue le but d’un échange pour maximiser les chances que cette conversation soit efficace et déclenche les bonnes actions dans les délais impartis.

L’arrêt intellectuel est une technique qui consiste à mettre un terme définitif à votre journée de travail. Cela englobe la vérification de vos mails, ainsi que la navigation sur des sites web en rapport avec votre métier. Il a été prouvé que cette technique favorise l’apparition de nouvelles idées et contribue à faire le plein d’énergie. Le fait de reposer régulièrement votre cerveau améliore la créativité, la productivité et la qualité du travail.

Se fixer des objectifs clairs permet au cerveau de mieux se concentrer sur la tâche en cours et d’activer les ressources nécessaires pour l’achever. Il est encore mieux de les écrire sous forme de liste, car le simple geste d’écriture, aussi anodin soit-il, augmentera de plus de 40% vos chances d’atteindre vos desseins.

Échanger au cours de réunions très courtes de type « stand-up meeting ». C’est un format de réunion extrêmement efficace qui a lieu le plus souvent en début de journée, où tout le monde reste debout pour éviter que la réunion traîne en longueur, chacun à tour de rôle partage les informations essentielles du moment.

 

La surcharge informationnelle est à l’origine de nombreuses baisses de productivité dans le cadre professionnel et peut être une véritable source de stress pour certaines personnes. Si nous disposons aujourd’hui d’un accès instantané à d’énormes gisements de données, il est devenu plus que nécessaire d’apprendre à faire le tri pour améliorer notre capacité à prendre le meilleur de l’information tout en se protégeant de ses excès.

 

​Soufiane TAOUFIQ

Chef de Projet, Chargé d’enseignement, MBA